Jeanne, instrument d'une réforme?
Nous allons développer dans ce chapitre une hypothèse jamais émise sur l’histoire de Jeanne, Pucelle d'Orléans, ni bien sûr par les traditionalistes de tous poils, ni même par nos amis les « Mythographes »! (hormis peut-être par Michel de Grèce qui en fait une timide évocation dans son roman, la "conjuration de Jeanne")
Rappelons quelques données quant à l’époque concernée :
- On se trouve en plein schisme qui divise la chrétienté.
- Le siècle précédent a vu la fin officielle du Temple.
- Les mouvements réformateurs fleurissent, même s’ils sont au fur et à mesure « éradiqués ».
Le catholicisme officiel est de plus en plus ébranlé par les contestations de tous ordres. Il est temps pour certains d’envisager une autre voie, une réforme donc, sans heurter de front les principes religieux en cours, mais au contraire en pratiquant la même politique d’assimilation qu’avait menée l’Eglise envers les croyances anciennes.
Et pour créer ce nouveau courant, on va tout simplement s’inspirer de ce qui a marché depuis 15 siècles ! On avait mis en scène le « Fils de Dieu » pour asseoir la religion chrétienne, on va maintenant créer la « Fille de Dieu »… Cet aspect des choses permettant également, et c’est à notre avis un point crucial, de redonner à la Femme un rôle dans la religion. Non point forcément un rôle prépondérant, mais simplement l'importance qu'elle avait au départ, égale qu'elle était à l'Homme. Souvenons-nous de la misogynie déclarée des fondateurs de l’Eglise qui ne voyaient dans la femme que la responsable de tous les malheurs du monde. St Augustin, un des « pères de l’Eglise » lui attribuant le doux qualificatif de « cloaque »…
Il est à préciser que ce vocable n’a jamais été remis en cause depuis 15 siècles…
Mais alors qu’avec Jésus l’Eglise avait mis en forme sa doctrine a posteriori, les évangiles datant de près de deux siècles après la mort du Messie, on va dans le cas présent coller aux événements, voire carrément les susciter.

Les 4 évangélistes
De cette façon, on sera bien sûr de ne pouvoir être contesté !
On va alors choisir des candidates potentielles pour tenir le rôle. Au berceau ou presque… Obligatoirement des jeunes filles de très bonne famille, mais dont la naissance peut poser problème. Et doit donc demeurer obscure.
Car si les bâtards possèdent un réel statut social (voir le Bâtard d’Orléans, Dunois), il n’en va pas de même pour les enfants nés illégitimement.
Et on pourra par la suite recréer les circonstances de leur naissance en mêlant le merveilleux au surnaturel, car pour devenir une héroïne chrétienne bon teint, il est bien évident qu'on ne peut qu'être né d'un couple, non seulement légitime, mais également pieux et pauvre, et de préférence en hiver dans une pauvre masure, entouré d'animaux manifestant leur joie...Alors on va employer quelques affidés à décrire l'événement, bien sûr plusieurs années après sa survenance!
Rappelons ici que dans l'histoire de Jésus, on donne au père adoptif un métier particulièrement manuel donc anodin, alors qu'en réalité un "Charpentier" de l'époque est tout bonnement un Architecte, et on oublie de préciser que Marie est d'origine royale, descendant de la lignée de David..On retrouve le même subterfuge dans l'histoire de Jeanne à qui on attribue un géniteur "agriculteur", alors qu'il est un "fermier général", percevant les taxes et impôts, et une mère, Isabelle "Romée", paysanne effacée, alors qu'elle est la fille de Jean III, Comte de Salm, une des plus riches familles de Lorraine...

A Domremy, la pièce où, selon la légende, Jeanne a vu le jour à l'Epiphanie 1412
Ainsi la "venue" de Jeanne à Domremy est-elle longuement dépeinte dans une lettre que Perceval de Boulainvilliers écrit à Jean Ange Marie Duc de Milan en 1429! Ce dernier étant par ailleurs mort quinze ans avant...Lettre en latin retrouvée fort à propos aux alentours de 1820 et aussitôt authentifiée par les traditionalistes qui s'en servent actuellement pour fixer la date de naissance de la Pucelle au 6 Janvier 1412...
Cela dit, il faut quand même savoir que si la missive fixe judicieusement la date au jour de l'Epiphanie (le jour où l'on fête les Rois, en fait la fin de la période des 12 jours de Noël, selon le calendrier julien qui avait cours à l'époque), elle ne précise aucunement l'année de la survenance des faits...
Donc ces enfants illégitimes sont à l’époque fort nombreux… On a donc le choix de sélectionner, soit dans des familles nourricières où elles ont été confinées, soit dans des couvents ou d’autres institutions religieuses dans lesquelles elles ont été mises en quelque sorte en "quarantaine", des gamines possédant des qualités intellectuelles certaines, autant qu’une ascendance nobiliaire bien établie depuis plusieurs générations.
Bien sûr on ne pourra contrôler tous les événements, mais avec ces jeunes filles parfaitement formées (de façon universitaire pourrait-on dire), on va pouvoir s’adapter à toutes les situations ! Et quand les conditions deviendront plus spécifiques, on continuera la formation de l’adolescente dans le domaine concerné : Ainsi Jeanne, après avoir reçu une formation intellectuelle de haut niveau, incluant l‘apprentissage des langues, la rhétorique, l’histoire, la diplomatie, l’écriture, les mathématiques … devra s’entraîner ensuite à la pratique des armes, à la stratégie, à la maîtrise de l’artillerie…Une sorte de tronc commun de départ, avec par la suite diverses unités de valeurs dans une spécialité...
Il est évident que l’on ne pouvait en 1400 prévoir le Traité de Troyes.Mais à partir de son élaboration et de sa conclusion (1419-1420), on verra Jeanne revenir à Domremy et aller rejoindre sa famille d’adoption, les Du Lis (d'Arc) ,qui viennent de se voir attribuer le Château de l’Isle, une forteresse propriété des Bourlémont (donc des Salm) sur une colline dominant Domremy de Greux. Une excellente façon de la mettre d’une part à l’abri, et d’autre part et surtout de lui apprendre discrètement le métier des armes. Poulangy et Novelompont vont pouvoir entrer en scène…
Mais qui compose ce mouvement réformiste? Michel de Grèce titre son ouvrage sur la Pucelle « la conjuration de Jeanne », sans citer nommément les intervenants dans cette « conspiration ».L'auteur se contente de nommer le cerveau de l'affaire l'Epiphane, pseudonyme parlant... A cette époque nombreux sont les mécontents de l’Eglise officielle avec ses dérives et ses excès :
- Les tenants de l’Eglise d’Avignon, dont Louis d’Orléans était rappelons-le un des piliers,
- Les schismatiques en général : signalons ici que le puissant Chapitre des Chanoinesses de Remiremont avait opté dès 1404 pour le pape d’Avignon,
- Le Tiers-ordre franciscain,
- Des mouvements occultes, tels les Bons .’. Cousins .’. Charbonniers
- Des corporations, tels les « Marchands de Saint Michel »,
- Sans oublier bien sûr la continuité du mouvement templier, dont le Grand Maitre avait maudit le pape jusqu’à la treizième génération de sa race… Ce sont les soldats écossais portant la croix du Temple qui assisteront Jeanne dans ses batailles.
- Les adeptes du celtisme, encore vivace dans les campagnes : « l’arbre des fées » en est la preuve !
On voit dans ce tour d’horizon non exhaustif que la liste est longue de ceux qui pouvaient s’unir, consciemment ou non d’ailleurs, pour former une coterie internationale contre le pape de Rome.
Mais n'oublions point non plus dans ce panorama un autre facteur de rebellion! La formation d'une nouvelle bourgeoisie en lieu et place de la noblesse... Le Moyen-âge est marqué par le système féodal, dans lequel, hors la noblesse (et l'Eglise), il n'existe point de salut. Seule la "naissance" est considérée, au détriment des valeurs intrinsèques de l'individu. Un noble même débile a toutes ses chances dans l'existence, au contraire d'un roturier intelligent qui devra se contenter de tâches subalternes.
La noblesse chargée de défendre le peuple a failli à sa tâche, et l'on voit l'armée du Roi de France, le fleuron de la Noblesse, se faire tailler en pièces par les humbles archers anglais.
On assiste alors à l'émergence d'une nouvelle classe, plus désireuse de commercer que de se battre, plus ouverte à des échanges internationaux malgré les interdits de l'Eglise (Commerce avec les Turcs ou les Juifs), intéressée par les arts, et qui possède les moyens financiers de ses ambitions.
Jacques Coeur sera un des hommes de cette "renaissance"!
Et vraisemblablement un des piliers de cette affaire...
Mais n'oublions pas non plus le rôle des femmes dans la conspiration!
L'Eglise traditionnelle, machiste, est particulièrement opposée aux femmes, créatures de Satan, responsables de la perte de l'Eden... Elles demeurent "le cloaque" de St Augustin, tout juste bonnes à porter des enfants! Mais on voit alors en Europe des femmes prendre les premières places... L'exemple frappant est justement celui de Yolande d'Anjou, la Reine des 4 royaumes, instigatrice et coordinatrice de ce mouvement que nous decrivons.
Le choix d'une "Pucelle" apparait alors comme moins anodin, délibéré, pour redonner dans la société aux femmes la place qu'elles n'auraient jamais dû perdre... Jeanne devra savoir tenir le rôle de l'homme, du combattant, et l'on cherchera à gommer la distinction par le vêtement!
Rappelons que tous les mouvements de libération de la femme ont mis l'accent sur la tenue vestimentaire imposée par la loi, et que ce n'est que très récemment que la loi interdisant le port du pantalon par la femme a été abrogée en France. (31 janvier 2013).
Coterie internationale, écrivons-nous, car il est bien évident que la contestation venait de toute l’Europe ! Donc également des rangs de ceux que l’Histoire officielle qualifie d’Anglais… On va donc ratisser large et unir tous les contestataires en un réseau confidentiel, secret même, bien cloisonné, dont on pourra admirer l’efficacité dans maints épisodes de l’épopée johannique.
En effet, lorsqu’on voit la facilité déconcertante avec laquelle l’escorte accompagnant Jeanne va rejoindre Chinon en un temps très court… Même si la "Légende Dorée" que l’on écrit concomitamment nous évoque un parcours semé d’embûches, en territoire ennemi, de nuit, avec des traversées de fleuves en crue en plein mois de février ! Il faut donner à cette expédition une connotation miraculeuse, avec des relents bibliques...Personne ne pouvant raisonnablement croire qu'un homme alourdi par ses armes et ses vêtements de combat puisse passer onze fleuves en crue à la nage au plus froid de l'hiver, c'est qu'il y a dû avoir un miracle! Peut être les eaux se sont-elles entrouvertes comme pour Moïse, ou bien a-t-on pu marcher sur les eaux comme Jésus à Tibériade...
Quelle histoire va-t-on écrire?
Et bien, on va tout simplement s’inspirer de ce qui a fonctionné depuis des siècles, l’histoire de Jésus, narrée dans les Evangiles!

Les représentations symboliques des Evangélistes
Dans un autre chapitre, nous évoquions déjà le troublant parallèle entre la vie du Christ et celle de Jeanne, dont on a fait coïncider les principaux événements. Jusqu’au "sacrifice final", prévu de longue date !
En effet, dès le départ de son aventure, Jeanne est capable de prédire que son épopée prendra bientôt fin, qu’elle n’en aura pas pour longtemps, qu’elle sera trahie, et que sa vie prendra fin… Elle ne raconte que ce qu’on lui a prévu comme destinée, mais la légende fait d’elle une visionnaire…
Or comment savoir tout cela sinon parce que c’est écrit d’avance ? On a tout prévu, et on adapte les actions au gré des circonstances. On fait jeanne se nourrir de pain et de vin…Une mise en scène, ou en Cène! On la fait parler par paraboles, vraisemblablement l'a-t-on entrainée dès le début de sa formation a s'exprimer de cette façon.
On va même raconter (et enjoliver) le miracle de Lagny, qui la voit "ressusciter" un enfant mort-né...

Jeanne priant pour la résurrection de l'enfant de Lagny
Mais il faut arriver au sacrifice final, le calice bu jusqu’à la lie des évangiles…Mais bien sûr sans trop de risques pour l’actrice ! On va donc poursuivre le scénario jusqu’au bûcher, avec des acteurs et des figurants, comme au théâtre. Car après le sacre aurait-on pu tout arrêter, l’objectif principal semblant atteint : le sacre du « seul vrai Roi de France » !
Non, car ce sacre n’est pour le mouvement initiateur qu’une anecdote, une péripétie. Et non une fin en soi. Charles VII est un fantoche qu’on a mis en place et qu’on pourra manœuvrer aisément par la suite ! On lui adjoint aussitôt une jolie maitresse aux ordres, de façon à le manipuler par personne interposée...
La « Fille de Dieu » doit racheter elle aussi les péchés de l’Humanité, donc donner sa vie, du moins le faire accroire au vulgus pecum. Alors on va organiser sa capture, son procès, et sa mort ! Ou plutôt peaufiner les scenarii des divers épisodes :
La capture :
Jeanne rejoint Compiègne, ville assiégée. Et de là, elle va organiser une sortie dont on ne voit pas bien ce qu’elle peut apporter d’un point de vue stratégique, avec une faible troupe, en portant une huque dorée qui la fait reconnaître de loin, qui la signale même à ses "ennemis". Et les portes de la cité se referment, et les cloches se mettent à battre à la volée…
Jeanne et son escorte sont très vite cernées, puis Jeanne capturée, par un féal du Comte de Luxembourg, le bâtard de Wandonne.

La capture de Jeanne devant Compiègne
Mais sait-on que le bâtard d’Orléans, Jean de Dunois, se trouvait aussi à Compiègne ? L’imagine-t-on en train de refermer les portes de la ville dans le dos de sa « mie » (sa demi-sœur en fait) sans y avoir de bonnes, pour ne point dire d’excellentes raisons ?
N’était-il point là pour superviser la phase « arrestation » ?
Un des points cruciaux de l’opération « Bergère »… Car il fallait bien évidement que tout cela fasse vrai, et surtout que tout se déroule sans mal. Un carreau d’arbalète bien (ou plutôt mal !) placé et le beau scénario tombe à l’eau… C’est certainement pour cela qu’il faut un combat essentiellement mené par des cavaliers, dans lequel on n’utilise pas les armes de trait. (C’est d’ailleurs dit-on un archer qui la fait chuter de cheval, mais en la tirant par son manteau, donc à mains nues !)
Et tout marche très bien, sans casse aucune ! Ni d’un côté ni de l’autre d’ailleurs. Ce qui est tout bonnement étonnant dans un combat de ce type. Une lutte pour la vie, à grands coups d’épée et de lance de combat de part et d’autre nous dit-on, dans lequel néanmoins aucun des membres de l’escorte n’est blessé.
D’autant que dans la Légende Dorée qui nous conte les faits et gestes de Jeanne, on nous rabâche que ne voulant point tuer d’ennemis, la Pucelle ne frappait que du plat de son épée…
Mais penchons-nous un peu sur le profil de celui qui va capturer Jeanne, Jean II de Luxembourg-Ligny.
Rien que le nom du personnage devrait éveiller l’attention de nos lecteurs ! Luxembourg –Ligny…
On a vu dans un autre article évoquant la généalogie d’Isabelle « Romée de Vouthon » que cette dernière avait été dans sa jeunesse première dame de compagnie de Jeanne de Luxembourg-Ligny, tante de ce fameux Jean II. En son château de Ligny en Barrois, petite ville de l’actuel département de la Meuse, située non loin de Domremy la Pucelle… Cette fameuse Jeanne de Ligny qui prendra un soin tout particulier de la Pucelle après sa capture ! Et pour rester dans le ton, signalons aussi qu’elle était la marraine de celui qui était devenu Charles VII…Petits arrangements en famille pourrait-on dire!

Jeanne est prise sans dommages
Résumons !
Jeanne est capturée sans casse, lors d’une sortie inutile mais bruyante, par le neveu et héritier d’une amie de sa « mère » nourricière et marraine de son Roi, sans que son cher Dunois ne lève le petit doigt pour la défendre… Mais à l’arrivée, on obtient un parfait parallèle avec la vie de Jésus, tant on retrouve ici tous les ingrédients évangéliques.
- La trahison, dont on accuse ensuite Guillaume de Flavy,(les trente deniers de Judas)
- La résignation de Jeanne qui sait sa fin prochaine,(les larmes de sang du jardin de oliviers, le calice à éloigner...)
- La non violence de l'héroïne, (« celui qui se sert de l’épée périra par l’épée ! »)
- Jusqu’à la vente du « messie », livré au grand prêtre Cauchon.(là où le militaire s'en lave les mains...)
Mais après cet événement va se situer une période d’atermoiement, que l’on peut bien évidement expliquer. Les nouvelles ne vont pas vite à cette époque, ce qui implique de ne pas enchainer trop rapidement les événements importants! Il faut le temps de faire savoir à l'ensemble du réseau que l'opération "arrestation" a été couronnée de succès.
Et maintenant que Jeanne est prise sans dommage, il faut assurer l’épisode suivant, le "jugement" mené par un complice, et la négociation avec le parti « anglais ». On va donc temporiser en promenant l’héroïne de château en château, en lui faisant également soigneusement éviter le risque de tomber dans des mains réellement ennemies. Car il est bien évident que tout le monde n’est pas dans la combine…
Et lorsque tout est bien réglé, au bout de quelques mois de tractations et conciliabules, on en arrive à Rouen et le fameux procès peut alors s’ouvrir. Devant un tribunal ecclésiastique dont bien sûr quelques uns des membres sont dans la confidence.
Le procès :
On va donner une importance considérable à l’affaire. Qui va s’éterniser, alors que d’ordinaire, ce type d’accusation se règle en quelques jours.
Il faut au contraire « médiatiser » le procès. Souvenons-nous qu’à l’époque concernée, il fallait longtemps à l’information pour circuler, et une affaire conclue en une dizaine de jours n’aurait pas marqué les esprits. Alors on va la faire traîner, de la même façon que l’on a temporisé après la capture, le temps que l’Europe entière soit informée que la Pucelle d’Orléans, la « Fille de Dieu » est captive et en passe d’être jugée.
Et bien évidement, ce procès va constituer la tribune idéale pour énoncer les vues de la Conjuration... Notre héroïne va pouvoir expliciter "sa" doctrine, rétablir les choses en ce qui concerne la suprématie du Pape! Bien sûr, les "voix" vont devoir intervenir, pour répondre sur des points bien précis. Et à ces moments là, Jeanne temporise, demande des délais, remet ses réponses à huit ou quinze jours, le temps du trajet aller et retour d'un messager qui devait joindre Angers, Orléans, peut-être Avignon...

Le procès de Jeanne
Le procès de Jeanne va donc se dérouler à Rouen, qui va faire intervenir près de 120 personnes !
On nous explique que l’on sait tout de ce procès, grâce aux minutes précieusement conservées.
Mais on oublie bien sûr de préciser que ces soi-disant « minutes » originelles en français, sont les traductions de textes latins, eux-mêmes traductions de textes en vieux français, une infime partie des minutes d’origine… Car rappelons-le, à la fin du procès de Rouen, (qui ne comporte curieusement pas de jugement de condamnation) l’évêque Cauchon récupère tous les procès-verbaux rédigés par les notaires servant de greffiers, et s’en va avec !
Il faudra le menacer pour qu’au terme de cinq années, les fameuses "minute"s enfin réapparaissent, mises en forme et traduites en latin, quand bien même les notes avaient été prises en français…
Le texte en est tellement dénaturé que le notaire Manchon refusera de le contresigner !
Et nous le comprenons aisément. Une session réunissant près de cent vingt intervenants, s’étalant sur cinq mois, auditionnant moult témoins, débouche sur quelques feuillets de notes… (Pour s’en convaincre, il suffit de visiter un site internet permettant de consulter en ligne les pièces du procès).
Nous donnons ci-après à nos lecteurs un exemple de ce que les traditionalistes nomment les "minutes" du procès,texte repris sur le site de l'Abbaye de St Benoit:
CINQUIÈME, SIXIÈME ET SEPTIÈME JOURNÉES
14, 15, 16 FÉVRIER 1431.
Enquête préparatoire.
Les mercredi, jeudi, vendredi et samedi suivants, par le ministère de maître Jean de la Fontaine, commissaire, assisté de deux notaires, il a été procédé à ladite enquête.
On peut s'apercevoir aisément qu'il ne s'agit que de titres, vides de contenu... On a fait telle et telle chose, tel acte de procédure, telle enquête, mais on n'en donne jamais la teneur exacte!
Lorsqu’on voit se dérouler un procès d’assises de nos jours, on peut constater le nombre des pièces de procédure et le volume qu’elles occupent ! Et en général ce type d’audience ne s’étale que sur quelques jours et ne réunit qu’environ une trentaine d’intervenants, juges, jurés, procureur, greffiers et avocats.
Et pour juger Jeanne en cinq mois (du 9 janvier au 30 mai 1431), avec une foultitude d’ecclésiastiques, on ne noircirait qu’une soixantaine de feuillets ?
On se doit de préciser dans cet article que l'on a volontairement choisi de "gonfler" le document des "minutes" originales du procès de rouen, en y réintégrant les dépositions des témoins du procès de réhabilitation! Tel le témoignage d'Hauviette, qui contredit néanmoins la version officielle quant à l'âge de Jeanne...
Il semble patent qu’on a tout remis en forme, réécrit, condensé. On peut légitimement se poser la question du pourquoi d’un tel comportement.
Sauf bien sûr si l’on poursuit notre raisonnement initial : Les évangiles sont aussi des textes apocryphes, (écrits entre 150 et 200 ans après l’histoire racontée). On a donc fait de même, en donnant le beau rôle à l’accusée, la future martyre. Et comme dans l'histoire de Jésus, on a là aussi "écrémé"... On n'a retenu que 4 évangiles pour constituer le nouveau testament, dans la soixantaine recensés. Au Moyen-Age, on va ne retenir que ce qui est judicieux!
Et l'on a allégrement gommé toute la partie ayant trait à la sexualité de la "Fille de Dieu", comme on l'avait fait 13 siècles auparavant pour le "Fils de Dieu", supposé vierge lui aussi... Exit Marie Madeleine autrefois...Bonjour le Saint Pucelage en 1430!
Mais les vraies minutes ont réellement existé. Peut-être n’ont-elles pas disparu pour tout le monde ?
Mais il demeure toutefois une coïncidence troublante que personne n’a relevée: La réapparition des « minutes officielles» correspond avec celle de Jeanne en Lorraine… La "Resurrection" somme toute...
Le bûcher
Comme nous l’avons précédemment écrit, il faut continuer le parallèle avec Jésus, pour l’édification des foules. Il est donc nécessaire de donner à l’exécution un retentissement important. Pour cela, il n’y a que le bûcher, la crucifixion ayant déjà été utilisée et ne figurant plus à l’arsenal de l’Inquisition, qui constitue un supplice digne de la « Fille de Dieu »,et qui présente aussi l'avantage non négligeable de faire disparaitre complétement le corps du condamné.

On retrouve néanmoins la couronne d'épines! Sculpture de Real del Sarte.
Il faut en effet un châtiment suprême particulièrement odieux, terrifiant. Mais la mise à mort ne se déroule absolument pas selon le mode opératoire décrit par les historiens traditionalistes… ni même selon le rituel habituel légal !
En effet, il était coutume de dénuder le condamné, et de le torturer avant l’exécution, ce qui naturellement n’aura pas lieu dans le cas présent. Car si l'on ne peut reconnaitre une jeune femme recouverte d'une longue robe avec une capuche lui masquant le visage, il aurait été facile aux témoins de constater que le corps dénudé qu'on allait martyriser ne portait pas les cicatrices récoltées au combat et bien connues que portait Jeanne... On se dépêche donc de lier la "condamnée" au poteau du supplice.
Le bûcher lui-même n’a absolument pas la forme qu’on lui donne dans toute l’iconographie de Jeanne ! Un bûcher médiéval consiste en fait en un poteau de bois, recouvert de plâtre pour l’ignifuger, fiché en terre, et auquel on attachait le condamné par une chaîne. Le bois était entassé autour de ce pieu, soit en rond, soit en carré, jusqu’à la hauteur de la tête du supplicié qui disparaissait ainsi à la vue du public. Dans le cas présent, seule la mitre et le visage embronché de Jeanne devaient donc être visibles. On ménageait toutefois dans la pile de bois un passage latéral pour permettre au bourreau d'accéder au poteau, le temps d'y lier la victime.
Jeanne embronchée, vue par Adrien Harmant
On précise d'ailleurs dans le "compte-rendu" de l'exécution que le bûcher était anormalement haut! Ce qui ne signifie nullement que la condamnée se trouvait perchée au dessus du sol, mais simplement que le tas de bois mesurait plus que d'habitude en hauteur... Ce qui fait que la tête de la victime pouvait même ne pas apparaitre.
De la paille et des fagots disposés en bas du tas de bois permettaient une mise à feu facile. Et pour manipuler plus aisément les rondins constituant le véritable mur de bois entourant la victime, le bourreau utilisait un instrument à long manche muni à son extrémité d’une pointe et d’un crochet. Pointe qui permettait dans la plupart des cas de tuer le supplicié d'un coup au coeur avant que de mettre le feu à l’édifice.
L’embrasement rapide du petit bois et de la paille consommait énormément d’oxygène et asphyxiait rapidement la victime si elle n’avait point été achevée par la pique du bourreau.
Lorsque la totalité du bois était en feu, le bourreau faisait s’écrouler le tas vers son centre, de façon à consumer totalement le cadavre. Surtout d’ailleurs pour éviter que ne soient prélevées de quelconques reliques !
Il est bien évident que dans ces conditions, il était possible de faire disparaitre n’importe qui ! On écrit que le bourreau entr'ouvrit le bûcher pour laisser apparaitre le corps d’une femme, mais au bout de quelques minutes dans un brasier, ce corps devait être méconnaissable…
Si l'on voulait faire en sorte que les spectateurs constatent qu'il s'agissait bien d'une femme que l'on brûlait ce jour là, il nous semble patent qu'il était bien plus aisé et probant de le montrer avant la crémation, qu'après. Un corps qui a passé quelques minutes dans une fournaise est totalement méconnaissable!
Qui a-t-on brulé ce jour là, nul ne le saura jamais, à moins bien sûr de remettre la main sur les archives personnelles de l’évêque Cauchon…
Dès le bois du bûcher consumé, l’entreprise de création du « nouvel évangile » peut se poursuivre : Jeanne a demandé et obtenu une croix qu’elle a serré sur son sein ; on a vu une colombe s’envoler du brasier ; elle est morte en criant le nom de Jésus; les soldats pleuraient ; le bourreau gémissait sur son sort, convaincu qu’il était d’avoir brûlé une sainte…
On ira même jusqu’à parler de son cœur demeuré intact, qu’on aurait récupéré dans les cendres ! Un miracle de plus ! Rappelons ici l'anecdote des "vrais restes de Jeanne", récupérés sous le bûcher, authentifiés par l'évêché de Tours, mais bien heureusement analysés par le Professeur Charlier, qui a scientifiquement établi qu'il s'agissait des restes d'une momie egyptienne et d'un chat...

Les reliques de Jeannes, authentifiées par le Vatican...
Et toutes les informations précédentes seront transmises, certainement même avant le supplice, à travers les réseaux, franciscains et autres. Et comme nos historiens ne sont guère curieux, toutes ces fadaises seront joyeusement reprises et deviendront la matière même de leurs convictions…
Ce qui veut dire que la « conspiration » à l’origine de l’affaire Jeanne d’Arc a réussi, mais avec quelques siècles de retard, à faire accroire à cette histoire d’une pauvre bergère inspirée par Dieu, qui s’en va guerroyer et donner sa vie pour le salut de sa mère patrie.
Mais revenons à l’époque qui suit immédiatement le bûcher.
On a donc Jeanne bien vivante mais qui ne doit pas réapparaitre avant quelque temps, le temps nécessaire à mettre au point les conditions de sa « résurrection » Alors que devient-elle ?
Une première hypothèse la fait rester cachée à Rouen pendant quelques mois.
Une deuxième la voit conduite au château de Montrottier, forteresse dans laquelle elle reste emprisonnée jusqu’à sa réapparition en Lorraine.
Une troisième la fait guerroyer pour le Pape en Italie…
Nous n’avons pas encore suffisamment étudié toutes ces hypothèses pour livrer ce jour notre opinion, mais envisageons que la solution doit représenter un mélange de tout cela.
En conclusion, on peut dire qu’au Moyen-âge on a mis au point une histoire édifiante pour asseoir une autre religion, ou plutôt pour rénover ou réorienter la religion catholique vers ses bases initiales. Qui ne niaient ni le mariage de Jésus et Marie-Madeleine… ni l’émergence de leur descendance…
Il n’est pas dans notre propos de suivre le déroulement de cette entreprise au-delà de la période qui concerne ce site. Indiquons simplement que René d’Anjou, par son mode de vie, annoncera la Renaissance, et Charles VII en 1438 promulguera la « Pragmatique Sanction » qui réduira drastiquement les pouvoirs du Pape.

Les secrets de Jeanne
