Le retable
Un correspondant allemand nous fait parvenir des photos du volet de droite d’un retable peint dans le premier quart du XVème siècle.
Il nous joint le compte rendu établi par un organisme certifié (Académie d’Etat des Beaux-arts de Stuttgart), attestant de l'authenticité de l'œuvre, après analyse minutieuse de la composition des peintures employées.

Le retable, vue d'ensemble
Ce retable a malheureusement (ou très curieusement?) été débité en plusieurs morceaux et vendu aux enchères, ce qui fait que les diverses photos que nous mettons en ligne sont de qualité inégale. L’officine de vente aux enchères décrit en 1997 une des parties de l’œuvre (la partie haute, vue ci-dessous) ainsi : Maître du sud de la France, autour de 1420, paysage avec bergers et une troupe de soldats, huile sur bois (parqueté),Largeur 49,5cm, Hauteur 87cm,
Et ajoute que "Non seulement l’origine géographique, mais également le contenu et l’iconographie sont difficiles à interpréter…"

Vue de la partie haute
M. Walter Schott, le découvreur, s’est livré à une première analyse de l’œuvre, rédigée sous forme de rapport en 1998, transmis aussitôt au Centre Jeanne d’Arc d’Orléans.
La réponse de Mr Olivier Bouzy ne prête qu’à sourire, quand il décrit par exemple l’étendard, avec "l’accumulation de motifs qui ne sont pas de façon certaine des fleurs de lys », et ressort son inoxydable St Maurice en lieu et place de Jeanne…
Or, on constate que chacune des dites fleurs de lys doit mesurer environ 3 mm sur le tableau, c’est dire si le peintre a pu y mettre du détail, et l’inusable St Maurice est d’ordinaire représenté sous les traits d’un légionnaire noir et barbu ! Mais chose absolument étonnante, en plus d'être blond et imberbe, il a maintenant de la poitrine...

En agrandissant au maximum le cliché, il nous semble néanmoins que le peintre y a fait figurer des fleurs de lys!
Le texte de cette étude étant rédigé sur trente pages en allemand, il nous a semblé préférable de n’afficher ci-dessous que le résumé, rédigé en français, par le même rédacteur.

Notre livrons maintenant notre première analyse de cet objet, étant bien entendu qu'il ne s'agit que d'un premier jet qui pourra être corrigé par la suite!
La ville fortifiée dans le coin haut gauche nous semble être Jérusalem, du fait de la présence de "bulbes" dorés sur certaines toitures ; Orléans est d’habitude représentée au-delà de la Loire, et à plat, alors qu’ici, on peut s’apercevoir du relief de ce paysage.

La colline située sur la droite du volet ne nous donne pour l’instant aucune réponse ! Le personnage avec le chien tient en main un curieux instrument dont il nous semble qu’il ne fait pas partie de l’attirail habituel des bergers. Il tourne d’ailleurs le dos à ce qui pourrait être son troupeau.

La procession dans le vallon n’apporte pas de remarques particulières, hormis le fait que le personnage vêtu de rouge ne nous semble pas être Charles VII, mais plutôt René d’Anjou, conversant avec sa mère Yolande.

Les deux personnages à cheval échangeant le bâton de commandement pourraient pour celui vêtu de rouge, être toujours René, et pour le personnage barbu qui lui transmet le bâton, on peut envisager qu’il s’agit là de Godefroy de Bouillon ! Le nouveau roi de Jérusalem recevant la transmission de pouvoir du premier roi…

La colline située sur la gauche du volet pourrait représenter le "mont des oliviers", mais sans aucune certitude de notre part. L’homme assis jouant de la cornemuse devant le chien qui donne la patte doit avoir une signification particulière, mais laquelle ?
Une de nos lectrices nous signale que des arbres sont coupés dans le petit bois, ce qui pourrait avoir trait à l'activité des "Bons Cousins Charbonniers", chers au cœur de la Pucelle...

Par contre, le petit bâtiment représentant une sorte de chapelle, munie d’un clocher, et couverte de tuiles de couleurs évoque plusieurs hypothèses pour nous, surtout à cause du flot de sang qui semble s’écouler par sa porte !

On pourrait y voir :
- Une église bâtie sur le Mont des Oliviers, et le sang représenter celui de Jésus, pleurant, dans la Bible, des larmes de sang.
- Le Temple, symbole de l’ordre des Pauvres chevaliers du Christ, fondé à Jérusalem, et détruit en France par Philippe le Bel : Le flot de sang évoquant ainsi le massacre des templiers.
- Le symbole d’une défloration, le sang s’écoulant après un premier rapport ?
- Après la conquête de Jérusalem le 15 juillet 1099 par les croisés, Godefroi VI le Pieux, duc de Bouillon, ordonna l'édification de l'abbaye de Notre-Dame (ou Sainte-Marie) du Mont-de-Sion, sur les ruines d'une ancienne église byzantine située en dehors des murs de la ville, au sud de la porte de Sion. Cette abbaye abritait des chanoines augustiniens, qui servaient de conseillers à Godefroi.
L’arbre dans le petit enclos carré semble bien plus évident à l’initié ! il s’agit pour nous de l’orme symbolisant à l’origine de ce mouvement le Prieuré de Sion, dont est issu le Temple…L’Orme a été abattu en 1188, marquant ainsi symboliquement la séparation de ces deux ordres. On le retrouve de nouveau ici, en parfaite santé, mais néanmoins marqué par les événements antérieurs : lLe tronc part du sol en deux parties, qui se rejoignent ensuite, pour donner une vigoureuse ramure.

Le personnage au premier plan est bien évidement Melchior, le roi mage qui apporte l’or royal, et qu’il offre a un personnage figurant sur le volet central du retable , vraisemblablement une "vierge" à l’enfant, pour nous Marie Madeleine et sa progéniture.!

Les deux personnages derrière le mage sont bien sur les plus importants du tableau ! pour nous pas de doute, l’homme est René, fils de Yolande d’Anjou, qui vient de recevoir des mains de Godefroi de Bouillon le bâton de commandement, faisant de lui le roi titulaire de Jérusalem…

Et le personnage de droite, la femme en habits masculins, est Jeanne la Pucelle.
On peut remarquer qu’une épée pend à son côté, tandis qu’elle en arbore une autre qu’elle porte appuyée sur son épaule !
Cette dernière, l’épée de Fierbois, étant le symbole de son appartenance à l’Ordre du Temple, et propriété autrefois de Bertrand Du Guesclin…C'est cette arme symbolique que le Connétable avait léguée à Louis d'Orléans, et que Jeanne enverra chercher en l'église de Sainte Catherine de Fierbois.
On peut s’apercevoir également de la très forte poitrine de Jeanne, inhabituelle sur un tableau de cette époque...
Mais le geste qui est pour nous le plus significatif est celui qui consiste à écarter le ceinturon, pour soulager un ventre présentant déjà des signes avancés de grossesse…
Voir l'article sur la descendance de Jeanne
On doit noter aussi le muguet fleurissant entre les jambes de l’héroïne, symbolisant bien évidement le nouvel an celte…le renouveau de la nature!
Cette "touffe" placée précisément à cet endroit fait bien sûr penser elle aussi à un renouveau, l'arrivée prochaine de l'héritier, l'enfant Roi symbole de la réunion achevée de ces deux lignées ... L'enfant à venir de Jeanne et de René!
Un de nos lecteurs nous signale que les Anglais continuent à désigner le Muguet par le vocable de Lily of the Valley.... qui signifie "le Lys de la Vallée" , terme qui se passe de commentaires....
Un lecteur nous communique un article d'un érudit local, Roger Haution, concernant la maison de Braine dans laquelle Jeanne accoucha de sa fille, et dans lequel l'auteur écrit:
Elle (cette bâtisse) a porté sans aucun doute le nom de maison de "l' Ecu de France" à cause d'un blason encore existant mais martelé qui surmonte sa porte cochère. Elle figure dans divers actes du XVIème siècle sous le nom de la "Maison de la Fleur de Lis" probablement pour la même raison et peut être à cause du passage de Jeanne d'Arc, du Roi et de leur suite...
On constate par ailleurs que sur le sol sont représentées plusieurs marguerites. Marguerite, qui joua un grand rôle dans la vie de Jeanne est la sainte qui intercède lors d'une grossesse, celle qui permet un accouchement sans problème!
Et les initiés auront bien sûr également remarqué la jambe gauche avancée de la Pucelle...Ainsi que sa tête penchée vers son épaule droite, une position quelque peu "christique..."
Il était courant en ce temps là de représenter Jésus en croix avec la tête basculée vers la droite! Ce n'est que plus tard que l'on s'apercevra que la position naturelle d'un mort est d'avoir la tête tombant vers l'avant sur la poitrine et non sur le côté!
Une de nos lecteurs étrangers nous envoie une remarque fort judicieuse sur un autre tableau peint à la même époque, la Vierge au buisson ardent de Nicolas Froment!
Rappelons simplement que cette oeuvre a été commandée à l'artiste par René d'Anjou, lui-même mis en scène dans la partie gauche du triptyque. Le volet de droite présentant Jeanne de Laval, la seconde épouse du monarque, assistée de Jean l'Evangéliste (?), sainte Marguerite (officiellement!) et Saint Nicolas.
Pour notre correspondant, le visage prêté par l'artiste à la Sainte serait tout simplement celui de... Jeanne! Toujours penché vers la gauche dans la fameuse position christique!
Nicolas Froment a d'ailleurs donné quelques clés pour identifier Jeanne: Elle est munie de son épée symbolique, celle de Fierbois, elle porte la palme du martyre (pour le fameux bûcher de Rouen), et surtout porte une robe aux couleurs de la famille d'Orléans, le vert perdu!

Mais revenons à notre retable!
En agrandissant au maximum la photo, on constate que la coiffure de l'héroïne pourrait être constituée d'une coiffe en forme de calotte, sur les côtés de laquelle pendent des sortes de franges en "déchiqueté". Mais une autre hypothèse est aussi envisageable: Jeanne irait tête nue, cheveux au vent, tenue incongrue à cette époque, mais néanmoins représentation habituelle de Marie Madeleine! Le peintre aurait délibérément cherché à identifier Jeanne et la Magdaléenne, d'autant plus qu'il semble avoir coloré en roux les cheveux de notre héroine.
Si l'on veut résumer en quelques mots l'impression qui se dégage de ce tableau, est que l'on a là le cortège des noces (alchimiques?) de René d'Anjou, Roi de Jérusalem,symbole vivant d'une lignée disparue, les Mérovingiens, descendants de Dieu lui-même à travers Marie Madeleine et le Saint Graal , et de Jeanne la Pucelle d'Orléans, dignitaire du Temple.
Le volet central du retable devait représenter Marie Madeleine, portant sur ses genoux son enfant! Nous nous devons de rappeler ici à nos lecteurs la "bannière d'Orléans", qui fait l'objet d'un autre article.
On nous communique une autre photo, celle d'une femme identifiée comme "Sainte Catherine" peinte par Van Eyck aux alentours de 1437( Van eyck que l'on rencontre souvent dans nos recherches, il fut le peintre de René d'Anjou!), et qui figure sur le triptyque de la cathédrale de Dresde...
On y découvre donc la vierge Catherine, arborant épée et robe à la couleur "vert perdu" de la famille d'Orléans, curieusement enceinte de plusieurs mois...
Or la "Sainte Catherine de la "Légende Dorée" ne peut évidement pas attendre un bébé, n'ayant point connu le pêché de chair... Alors qui a voulu représenter Van Eyck sur ce tableau? Nous vous laissons donc deviner!
Mieux encore: Notre amie Anneke Veele nous informe!
La cathédrale Saint Bavon de Gand abrite une oeuvre impressionante, oeuvre des frères Van Eyck, le retable l'adoration de l'Agneau Mystique (Het Lam Gods), composée de plusieurs volets, dont un en particulier représentant "les chevaliers du Christ"...

Mais qui donc serait représentée au premier plan de ce volet, cette personne à qui l'on fait porter des vêtements "vert-perdu"?
Pour Anneke Veelen, qui a publié il y a un an un ouvrage intitulé " la véritable identité de Jeanne, Princesse d'Orléans",il s'agit bien de Jeanne, en armure de chevalier et huque aux couleurs de la Maison d'Orléans! Et là encore, notre héroine porte le cheveu mi-long, bouclé et surtout roux...
Le visage d'un des chevaliers du Christ, selon les frères Van Eyck, peintres officiels de la cour de René d'Anjou...
Nous attendons bien sûr vos remarques, suggestions, et analyses de ces peintures!

Les secrets de Jeanne
